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☆☆ Pourquoi la déflation est un danger ?

Dans les débats récents : après l’annonce jeudi dernier des chiffres de l’inflation en zone Euro pour février par Mario Draghi (0,8% en glissement annuel), les craintes continuent de grandir sur l’entrée potentielle de la zone Euro dans un processus de déflation. La semaine dernière encore, Christine Lagarde, la directrice du FMI (qui avait il y a peu qualifié la déflation d’un « ogre »), invitait les banquiers centraux à être « vigilents » quant à la déflation. Pourquoi craindre ce qui pourrait s’apparenter à une simple baisse des prix ?

 

 

Au premier abord, il ne semble pas évident que la déflation puisse être un phénomène dangereux. Si les prix baissent en effet, pourquoi s’inquiéter ?

 

D’abord car lorsque l’on parle de crainte de « déflation » on n’entend pas par « déflation » une simple baisse des prix, on parle au contraire d’un processus, d’une mécanique économique néfaste, dont la baisse généralisée des prix n’est que le symptôme. Pour dire les choses autrement, il y a la définition ordinaire de la déflation que vous trouverez dans tout dictionnaire (= baisse des prix) et la définition économique de la déflation (= processus économique). Cette différence s’illustre par exemple très bien à travers la remarque de Patrick Artus à propos de la déflation « Il serait une erreur de croire que la déflation se manifeste uniquement lorsque les prix reculent. Si l’on s’en tient à sa définition stricte, elle se déclenche dès que les taux nominaux se décorrèlent de l’évolution des prix »

 

Comment définir alors ce processus ?

 

Il n’y a pas de définition unanime dans la mesure où le processus de déflation englobe beaucoup d’éléments, qui par leur rencontre, bloquent les mécanismes économiques habituels. A la base de toute déflation il y a un choc négatif (= un événement économique néfaste majeur).

Un scénario de déflation en Europe pourrait par exemple s’envisager comme ceci : la croissance et l’emploi patinent, la consommation diminue ; les banques restreignent le crédit du fait de leurs difficultés (ou des ajustements avec la nouvelle réglementation prudentielle…), l’investissement des entreprises recule à la fois du fait de la limitation de l’offre de crédit, de la tendance au désendettement et/ou du fait des perspectives moins optimistes ; du fait de la moindre activité effective les entreprises diminuent leurs prix, les marges reculent ; les anticipations sur les conditions économiques à venir deviennent pessimistes, les entreprises licencient et/ou diminuent les salaires, l’investissement ralenti largement du fait des incertitudes ou anticipations négatives; en parallèle les consommateurs repoussent leurs achats puisque les prix sont attendus à diminuer ; le mouvement de baisse de la consommation est amplifié par la baisse de l’emploi, la baisse des salaires ; retour au début de la spirale (…). (on pourrait ajouter que la baisse des prix renchérit le poids de la dette, ce qui peut conduire à davantage de défauts et donc contribuer à la baisse du crédit)

On voit bien donc ici une spirale négative se déclencher. On voit bien également le rôle primordial d’un facteur: les anticipations sur la situation future, elles-même guidées par les politiques monétaires, budgétaires et structurelles.

 

Comment sortir de ce processus ?

 

Dur de répondre ici… La difficulté d’en sortir fonde la peur immense d’y entrer. La déflation est un « trou noir dans lequel il ne faut pas tomber » pour reprendre l’expression d’un invité du débat sur BFM TV où BSi Economics participait à travers V. Lequillerier (voir le lien ici). Si Christine Lagarde parle de l’ « ogre » de la déflation, ce n’est pas uniquement pour inquiéter, c’est aussi pour décrire une réalité. Sortir d’une telle spirale est très difficile, la preuve étant que le Japon est en déflation depuis les années 90 sans pour autant parvenir à en sortir. La clé pour en sortir est certainement d’agir sur le fond même de cette spirale : les anticipations. Pour ce faire, on pourrait par exemple citer Paul Krugman (« Nobel » 2008) pour qui dans ce cas de figure « la Banque centrale doit promettre de manière crédible d’être irresponsable ». Ce que fait le Japon en ce moment direz-vous, après beaucoup d’essais manqués ? Peut-être que le doublement de la base monétaire promis au Japon attisant les débats (certains ont même parlé de risque hyperinflationiste), est une politique « irresponsable et crédible » qui permettra un retour de l’inflation.

 

Ce qui est certain c’est que la zone Euro, si elle rentre en déflation, aura beaucoup de mal à en sortir avec les outils actuels dont dispose la banque centrale européenne. Mieux vaut se concentrer sur les moyens d’éviter la déflation plutôt que sur les moyens d’en sortir.

 

 

 

Julien Pinter

 

 

 

Notes

Intervention de Victor Lequillerier, BSi Economics, sur BFM Business http://www.dailymotion.com/video/x1bdiyc_deflation-le-danger-nous-guette-t-il-dans-les-decodeurs-de-l-eco-06-02-1-5_news

Article du Monde sur la situation récente au Japon: http://www.lemonde.fr/japon/article/2014/01/31/le-japon-en-passe-de-sortir-de-la-deflation_4357716_1492975.html

Paul Krugman « It’s baaack: Japan’s slump and the return of the liquidity trap » http://www.brookings.edu/~/media/projects/bpea/1998%202/1998b_bpea_krugman_dominquez_rogoff.pdf

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