Consensus Avril 2018

Le Consensus de BSI Economics consulte un panel d'économistes évoluant en France et à l'international au sein de structures publiques, privées, institutionnelles et académiques. Le Consensus interroge ces spécialistes sur les risques économiques et financiers pour identifier les enjeux des prochains mois.

Consensus BSI Economics Avril 2018 :

     

LES PRÉOCCUPATIONS DU CONSENSUS

Le Consensus repose sur quatre convictions : (1) un prix du baril entre 60 et 70 USD fin 2018, soutenu par l'extension de l'accord sur la limitation de la production, (2) une hausse du protectionnisme en 2018, (3) une croissance américaine inférieure à 3 % et (4) une croissance chinoise sous les 6,5 % en 2018.

Ainsi, si les tensions sociales, politiques comme géopolitiques représentent les principaux risques sur les perspectives économiques en Europe ou aux États-Unis, le principal facteur capable de perturber l'Asie du sud-est serait un ralentissement de la croissance chinoise. Enfin, les économistes interrogés ont des avis toujours partagés sur la probabilité d'une correction des actions américaines de 10 %, sur une dépréciation plus accentuée du dollar américain, sur un scenario avec plus de trois hausses des taux directeurs par la Fed et sur la fin du programme d'assouplissement quantitatif de la BCE dès octobre 2018.

 

 

1 – UN OPTIMISME MODÉRÉ SUR L'ÉCONOMIE AMÉRICAINE :

En dépit des tensions commerciales grandissantes avec la Chine, les économistes sont optimistes, mais prudents, sur les perspectives économiques américaines. Ainsi, la majorité exclut une croissance supérieure à 3 % en moyenne annuelle en dépit du support fiscal du gouvernement américain et seulement 43 % pensent tenable un scénario de quatre hausses des taux directeurs Fed Funds. Un resserrement plus modéré des conditions monétaires couplé à des surprises économiques revues à la baisse soutiendraient dès lors une dépréciation de la monnaie américaine (42 % des économistes sondés s'attendent à voir le dollar américaine se déprécier pour 2018), en particulier face à l'euro puisque la cible des 1,30 est attendue par 60 % des experts interrogés.

En outre, la hausse des mesures protectionnistes et tarifaires renforce la probabilité d'un tel scénario et confirmerait un retour marqué et durable de la volatilité sur les marchés. Ainsi, une nouvelle correction de 10 % sur les marchés d'actions américains est attendue par près de la moitié du panel de spécialistes interrogés.

 

2 – VERS UNE NORMALISATION DE LA POLITIQUE MONETAIRE EN ZONE EURO :

Avec une croissance au plus haut depuis plus d'une décennie en Zone euro (+2,3 % en moyenne annuelle selon les derniers chiffres d'Eurostat pour 2017), la Banque Centrale Européenne (BCE) devrait être en mesure de profiter de cette embellie sur le front économique pour mettre fin sa politique d'assouplissement quantitatif (QE) à fin septembre 2018. En effet, deux tiers des sondés estiment que la BCE serait en mesure de respecter cet « engagement » (probabilité moyenne à forte). Ce début de normalisation de la politique monétaire aurait un fort impact sur l'allocation d'actifs pour près de 60 % des économistes interrogés alors qu'aucun consensus clair ne se dégage quant à l'impact sur la croissance mondiale de la fin du QE en Zone euro.

Concernant l'euro, si la probabilité que la monnaie unique se rapproche des 1,30 USD d'ici fin 2018 est forte pour plus d'un sondé sur quatre, l'impact sur l'allocation d'actifs serait important pour plus d'un économiste sur deux. En revanche, aucun consensus fort ne se dégage quant à l'impact d'une forte appréciation de l'euro sur la croissance mondiale. En 2017, la tendance a été clairement haussière avec un euro qui s'est apprécié d'environ 14 % face au billet vert. Depuis début 2018, la tendance est moins prononcée avec une devise qui évolue entre 1,20 et 1,25 dollar américain pour un euro.

En conclusion, le regain de croissance enregistré en 2017 devrait perdurait au moins en 2018. Ce bon momentum pour la Zone euro est propice à un début de normalisation de la politique monétaire par la BCE. Celle-ci qui devrait donc mettre fin à son QE d'ici à la fin du troisième trimestre. Le premier mouvement de remontée des taux pourrait intervenir dès le début de l'année prochaine si l'inflation ne décélère pas d'ici-là.

 

3 – LES PAYS ÉMERGENTS SUSPENDUS A LA CROISSANCE CHINOISE :

En 2017, la croissance chinoise a rebondi pour la première fois depuis 2010. En effet, la croissance s'est établie à 6,9 % en moyenne annuelle (+6,7 % en 2016), soutenue par les dépenses d'infrastructures, la reprise des exportations dans le sillage de la reprise de la demande mondiale ainsi que par la demande domestique. La mutation de l'économie de l'Empire du milieu est donc bien en marche. En revanche, plus d'un sondé sur deux juge que la croissance du PIB réel pourrait être strictement inférieure à 6,5 % en moyenne annuelle en 2018. Cette décélération de l'activité économique aurait un fort impact sur l'économie mondiale pour la majorité des économistes étant donné le poids important de l'économie chinoise dans le PIB mondial.

Si aucun consensus ne se dégageait lors du précédent numéro quant à la résilience des devises émergentes pour fin 2017, plus de trois sondés sur quatre (probabilité moyenne à forte) estiment que le billet vert pourrait continuer de se déprécier en 2018, notamment vis-à-vis des devises émergentes.  Les remontées des taux d'intérêt aux États-Unis ne semblent pas inquiéter outre mesure les acteurs de marché qui n'anticipent que faiblement des sorties de capitaux sous forme d'investissements de portefeuille courant 2018 au sein des économies émergentes. Ceci pourrait expliquer en grande partie pourquoi les devises émergentes pourraient rester fortes tout au long de l'année en cours.

 

SCÉNARIO SUR LE PRIX DU PÉTROLE :

64% du panel interrogé considère une probabilité moyenne d'observer un respect des accords de restriction sur la production de pétrole. Le prolongement de cet accord jusqu'à fin 2018, conclu par les membres de l'Organisation des Pays Exportateurs De Pétrole (OPEP) et également la Russie, serait donc à même de supporter les cours du pétrole. Pour 63 % des économistes sondés, le prix du baril Brent devrait être contenu dans la fourchette 60 – 70 USD d'ici fin 2018, et 23 % l'envisagent au-delà des 70 USD.

Les épisodes de début d'année, caractérisés par un prix du baril légèrement supérieur 70 USD, ne devraient pas constituer une norme sur l'ensemble de l'année 2018. En effet, une hausse trop rapide pourrait menacer les parts de marché des membres de l'OPEP, et renforcer la rentabilité du pétrole de schiste américain. Un retour du prix du Baril sous les 60 USD semble peu probable à ce stade, d'autant plus que l'Arabie Saoudite a tendance à réduire sa production en dessous de sa cible pour soutenir les cours ces derniers mois.

 

QUELS RISQUES EN 2018 ?

Cette cartographie des risques sur la croissance en 2018 permet de constater qu'aucune zone ne serait épargnée en 2018 et serait plus ou moins affectée par différents types de risque.

La normalisation des politiques monétaires aux États-Unis et en Zone euro suscitent des inquiétudes, ce qui augmenterait la probabilité d'un risque d'éclatement d'une bulle obligataire aux États-Unis (pour 53 % des économistes sondés) et en Europe (selon 48 % des interrogés). Mais ce sont davantage les risques sociaux et politiques qui représenteraient un risque significatif sur la croissance en 2018, pour ces pays développés. 73 % des sondés estiment que ce risque est à prendre en compte aux États-Unis, où la conduite de la politique diplomatique de l'administration Trump n'offre que peu de visibilité (taxes douanières, ALENA, Iran, etc.), ce qui a notamment tendance à renforcer le risque protectionniste dans le monde. Ces tensions politiques et géopolitiques seraient encore plus prégnantes en Europe et réunissent 83 % du panel d'économiste. Plusieurs évènements expliquent ce résultat : les élections législatives en Italie, les relations diplomatiques tendues entre la Russie et le reste de l'Union Européenne, l'issu du Brexit, les tensions sur la question des fonds structurels en Europe de l'Est ou encore le risque social toujours significatif.

La très grande majorité des sondés (98 %) considère le potentiel ralentissement de la croissance chinoise comme préoccupante pour les pays d'Asie émergente, très dépendants du géant chinois pour leurs exportations. C'est également le cas pour l'Afrique (60 %) et dans une moindre mesure en Amérique centrale et sud (40 %). Le repli des chaînes de valeur et la réorientation des importations chinoises (en faveur de la demande interne plutôt que pour réexporter) exposent donc les pays émergents à une baisse de la demande chinoise.

En 2017, les devises émergentes avaient globalement affiché une certaine résilience face à l'USD. Toutefois, la volatilité des devises continuera de constituer un risque pour le monde émergent, en réaction à la remontée des taux d'intérêt par la Fed, plus particulièrement en Amérique centrale et du sud (pour 73 % du panel) et dans une moindre mesure en Afrique (53 %) et en Asie émergente (58 %). Les pays avec d'importants besoins de financements externes à court terme, où le niveau des réserves de change reste faible, ou encore avec un niveau élevé d'inflation seraient particulièrement sensibles à ce type de risque.

Les tensions socio-politiques et géopolitiques ne semblent pas être un risque en Asie émergente (elles le sont pour seulement 30 % des économistes) mais le seront en Afrique (78 % : attentats au Burkina Faso, en Égypte, corruption en Afrique du Sud, etc.) et également en Amérique centrale et du Sud (73 % : élections au Mexique et au Brésil, où les scandales de corruption continuent de peser sur la confiance).