L'énigme de la productivité (Note)

Résumé :

  • La croissance de la productivité s'est considérablement ralentie depuis la crise financière pour de nombreux pays développés et ne semble pas repartir à la hausse, pour le Royaume-Uni et les Etats-Unis en premier lieu ;
  • Cette « énigme de la productivité » (productivity puzzle) est en partie le résultat direct de facteurs cycliques dans le sillage de marchés financiers défaillants et de frilosité d'investissements ;
  • De même, la situation actuelle de maturation de la vague d'innovation des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication ainsi que la présence de freins à la diffusion de ces mêmes innovations constituent autant de facteurs structurels à cette énigme ;
  • Les difficultés de mesure de l'apport des innovations digitales à l'économie, ainsi que les perspectives d'« innovation séculaire » dans le sillage du Big Data et de l'Intelligence Artificielle modèrent toutefois les perspectives alarmistes sur une stagnation indéfinie de la productivité ;
  • La stimulation de la demande et la réduction des incertitudes politiques apparaissent comme des politiques clés à court terme, de même que l'encouragement au libre-échange, la réduction des inégalités, l'entrepreneuriat ainsi que le capital humain sur le long terme

Elément essentiel à la croissance économique de long terme, la question de l'amélioration de la productivité est un élément clé pour les politiques publiques comme pour les perspectives de développement au niveau de l'entreprise.

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« La productivité n'est pas tout, mais sur le long terme elle est presque tout. La capacité d'un pays à améliorer son niveau de vie sur le long terme dépend quasi entièrement de sa capacité à accroitre sa production par travailleur. » Ce n'est pas un hasard si le Prix Nobel d'Economie Paul Krugman attache une telle importance à la productivité – que nous mesurerons dans la suite de cet article par la production par travailleur ou par heure travaillée (productivité du travail). Son rôle est en effet crucial parmi les déterminants de la croissance de long terme. La croissance de long terme des entreprises est ainsi soutenue par une croissance de la productivité qui peut leur permettre de réallouer les gains d'efficacité générés en investissements ; de même, cela permet aux consommateurs de bénéficier à terme de prix plus bas.

Au niveau macroéconomique, une industrie plus productive peut également accroître ses parts de marché à l'international, renforçant ainsi la croissance macroéconomique. La croissance de la productivité apparait donc comme la seule manière de maintenir un rythme de croissance sans pression inflationniste. La productivité du travail est encore plus importante pour les économies développées au sein desquelles les faibles taux de natalité freinent la croissance démographique. Selon la théorie économique, la productivité du travail peut se mesurer via trois éléments : le capital humain, l'innovation et les économies d'échelle. Toujours selon la théorie (R. Solow, 1956), à long terme, une croissance permanente ne peut être atteinte que par un progrès technique par travailleur plus important.

Dans une époque marquée par l'avènement de la technologie numérique, il est attendu que la productivité croisse de manière importante – le développement de la robotique, de l'intelligence artificielle, du Big Data et de l'internet des objets ont même entrainé l'apparition des termes d'« innovation séculaire » ou de « seconde ère des machines » comme le développent par exemple Brynjolfsson et McAfee.

Cependant, pour de nombreux pays développés – et particulièrement pour le Royaume-Uni et les Etats-Unis – la  croissance de la productivité s'est considérablement ralentie, alors que des améliorations en termes de croissance et d'emploi se sont récemment fait entrevoir. Le graphique ci-dessous montre que le Royaume-Uni, et les Etats-Unis dans une moindre mesure, se trouvent dans une situation d'hystérèse de leur productivité – un ralentissement durable de leur productivité à la suite de la crise financière, là où le reste de l'OCDE a connu un ralentissement temporaire avant de retrouver progressivement leur rythme d'avant-crise.

 

La reprise difficile à la suite de la crise financière est souvent associée à cette « énigme de la productivité ». Comme nous allons le voir, cette énigme est la résultante de facteurs à la fois cycliques et structurels.

1) Facteurs cycliques

Les héritages de la crise jouent un rôle important dans l'énigme de la productivité. La crise de confiance ainsi que les marchés financiers défaillants sont autant de facteurs empêchant la productivité et la croissance de repartir.

1.1Une rétention de main d'œuvre plutôt que de l'investissement ?

La reprise de l'emploi au sein des pays développés pourrait être une des premières réponses à l'énigme de la productivité, car cela serait l'illustration que les entreprises préfèrent embaucher plutôt que d'investir sur des nouvelles technologies ou de l'infrastructure, ce qui montre que les entreprises sont toujours incertaines sur les perspectives économiques, surtout au Royaume-Uni où les effets du Brexit restent à déterminer. Les entreprises pourraient ainsi accumuler du facteur travail en anticipation d'un rebond de la demande ou à cause des besoins minimaux en effectifs pour la poursuite de leurs opérations.

Comme le rapporte le Bureau pour la Responsabilité Budgétairebritannique, la stagnation des salaires réels ainsi que les surplus de stocks permanents des entreprises suggèrent un haut niveau de capacités non utilisés, qui bloquent ainsi les dépenses d'investissement et donc la hausse de la productivité jusqu'à un rebond de la demande. De plus, comme le montrent Martin et Rowthorn, ces surcapacités sont principalement concentrées au sein des secteurs les plus productifs. Cette théorie de la rétention de travail est illustrée par une analyse de la Fédération britannique des Employeurs de l'Ingénieriequi montre que la dernière crise financière a entrainé une contraction importante du PIB, mais des pertes d'emploi nettement moindres en proportion de cette contraction. Richard Jeffrey(Cazenove Capital) met également en relief les risques potentiels de la mobilité transnationale du travail, qui permettent l'accès à une main d'œuvre bon marché pour les entreprises et peuvent les décourager ainsi de réaliser des dépenses d'investissement afin d'accroitre leur productivité avec la main d'œuvre existante. Cette étude réalisée dans le cas du Royaume-Uni trouve un écho particulier dans la perspective du Brexit.

1.2 Une conséquence persistante de marchés financiers défaillants ?

La défaillance des marchés financiers à la suite de la crise est également avancée comme une explication potentielle à l'énigme de la productivité. Le durcissement des conditions de crédit durant les années suivant immédiatement la crise (Bank of England) a pesé lourd dans les plans d'investissement, et particulièrement pour les petites entreprises qui représentent souvent la plus forte croissance de productivité (Edgerton, Chodorow-Reichainsi que Greenstone et Mas) - l'inefficacité relative dans la transmission de la politique monétaire expansionniste à l'économie réelle n'a également pas permis par la suite d'améliorer de manière significative les conditions de crédit aux entreprises. La capacité des PME à mobiliser des crédits a été également limitée dans les années suivant la crise par la diminution de la valeur du collatéral qu'elles peuvent mobiliser en garantie, comme le montrent par exemple Bahaj et al.avec la chute des prix de l'immobilier au Royaume-Uni sur la période 2008-2012.

Enfin, une réallocation limitée des ressources entre les entreprises et entre les secteurs a restreint la diffusion des technologies et des idées. Cependant, l'amélioration progressive des conditions de crédits ainsi que le rebond récent des prix des actifs immobiliers (au Royaume-Uni principalement) n'ont pas permis à la productivité de repartir à la hausse, ce qui pourrait suggérer d'autres causes. Dans le papier “Gone with the Headwinds”, le FMImet également en relief l'effet de cercle vicieux entre une faible demande agrégée, entrainant un faible investissement et un faible changement technologique dû au manque de capital – particulièrement dans les pays développés, ainsi que le fort climat d'incertitude économique et politique qui aurait pu peser de manière persistante sur la Productivité Globale des Facteurs (PGF – une mesure de l'efficacité de la combinaison de production, nldr), en décourageant l'investissement sur les projets plus risqués et plus rentables.

Certains économistes accusent également les faibles taux d'intérêt nominaux d'être responsables de la stagnation de la productivité, du fait que l'« argent bon marché » des banques et des marchés financiers auraient pu permettre à des entreprises improductives de subsister, ce qui aurait empêché le processus de « destruction créatrice » nécessaire au processus d'innovation. Les politiques de tolérance bancaire auraient également pu avoir un effet similairement néfaste, comme le montre Arrowsmith. Cependant, à l'opposé, la Bank of Englanda estimé que de plus hauts taux d'intérêt ont des effets mitigés sur la productivité : en effet, même si ces taux élevés ont tendance à « éliminer » les entreprises les plus faibles, ils ont également des effets destructeurs sur les entreprises très productives fonctionnant par effet de levier. Pour les auteurs de cette étude, une hausse du taux directeur britannique de 0,25 % à 4,25 % permettrait un accroissement global de la productivité de l'ordre de 1 à 2 % par rapport à la situation de référence – mais via une perte de l'ordre de 1,5 million d'emplois au niveau du Royaume-Uni.

Pour résumer, les marchés défaillants auraient eu pour effet de permettre à des entreprises potentiellement « zombies » de continuer à opérer grâce à l'« argent facile » des faibles taux, mais aussi d'entrainer une distorsion dans l'allocation du capital, les entreprises plus rentables ayant eu les mêmes conditions que les autres et l'incertitude ambiante ne permettant pas toujours aux banques ou aux fonds d'apprécier la rentabilité des projets des entreprises les plus rentables. Une problématique complémentaire à cette distorsion est que les PME et les TPE ont pu être plus fortement pénalisées que les grandes entreprises qui ont la capacité de s'assurer d'autres accès aux financements. Cependant, comme le montrent Scarpetta et al., les nouvelles (petites) entreprises peuvent souvent avoir une contribution plus importante à la croissance de la productivité en entrant sur leur marché avec un mix de capital, de travail et de technologies plus efficient.

 

2) Facteurs structurels

Une analyse de plus long terme suggère également que la crise de productivité actuelle doit être analysée au sein d'une vague d'innovations, dont la dynamique est essentielle pour comprendre le ralentissement actuel. D'autres éléments structurels comme les tendances démographiques et les dynamiques de diffusion y jouent également un rôle très important.

2.1 Une illustration de la « stagnation séculaire » ?

Une problématique structurelle avancée par le McKinsey Global Instituteest liée aux dynamiques démographiques au sein des pays développés, où la population vieillissante exerce une contrainte sur les perspectives de croissance future. Les auteurs de cette étude estiment que pour empêcher une chute de 40 % du taux de croissance du PIB sur le long terme, due à une diminution progressive de la force de travail disponible, la croissance de la productivité doit augmenter de 80 % par rapport à son rythme historique.

En illustration de cette théorie de la « stagnation séculaire[1] », Gordon (NBER)pointe six « vents contraires » ayant pour vocation à ralentir la croissance de manière permanente dans le cas des Etats-Unis : la démographie, l'éducation, les inégalités, la mondialisation, l'environnement/énergie, et la croissance de la dette publique et privée.

Comme le montre également Larry Summers, la propension excessive à épargner liée à un déficit de l'investissement global des entreprises, des ménages et du secteur public pose également une contrainte sur la croissance des pays développés.

2.2 Un ralentissement sur le long terme du processus d'innovation ?

Une théorie adjacente à la stagnation séculaire veut que le marasme de productivité que nous observons depuis une décennie doive être analysé comme le prolongement naturel d'une tendance baissière depuis les trente dernières années – à l'exception du sursaut temporaire liée à la bulle Internet de la fin des années 90. De ce point de vue, le cycle d'innovation actuel de Kondratiev[2] lié aux NTIC, n'aurait pas le même potentiel que les cycles d'innovations passés – comme par exemple celui de la chaine d'assemblage (Fordisme). Une extension de cette théorie voudrait même que la vague d'innovations actuelle des NTIC serait déjà arrivée à maturité et que les améliorations de productivité attendues se seraient déjà évanouies. Decker et al.le montrent en effet en observant une baisse progressive de l'entrepreneuriat dans le secteur des hautes technologies. De même, Freymontre que les technologies digitales absorbent moins de capital et créent moins de demande en termes d'investissements et d'emplois que les autres vagues d'innovations.

Cependant, de nombreuses technologies émergentes ayant le potentiel de révolutionner l'économie, comme la robotique, l'intelligence artificielle, le Big Data ou la transcription du génome humain ont la capacité de permettre une forte croissance de la productivité. Une étude d'Accentureestime par exemple à 40 % la hausse de productivité d'ici 2035 dans les 12 pays développés analysés grâce à l'essor de l'intelligence artificielle. Janewaymontre même via la comparaison de la durée des deux révolutions industrielles historiques à se diffuser dans l'économie réelle que 50 ans après l'invention du microprocesseur, la « révolution digitale » pourrait en fait être en plein phase de maturation, comme le montre la combination des logiciels Open Source et du Cloud computing qui permettent de réduire de manière importante les coûts d'expérimentation des nouveaux services web (le développement de plateformes comme Uber en est le parfait exemple). Comme nous le voyons, les tendances de productivité sur le long terme sont très débattues ; cela pourrait en fait cacher deux problématiques : la mesurabilité de la croissance de la productivité ainsi que le ralentissement des dynamiques de diffusion des innovations.

2.3 Un problème de mesure ?

La mesurabilité de la productivité est rendue complexe par la vague d'innovations digitales dans les services – ainsi que par l'essor de l'économie digitale dans sa globalité. La chute rapide des prix dans les NTIC ainsi que les innovations comme les smartphones ont grandement contribué à augmenter la productivité, mais d'une manière difficile à mesurer, comparée notamment à la production manufacturière. Par exemple, comme le montre Hamish McRae, entre 2010 et 2015 au Royaume-Uni, l'utilisation de données a été multipliée par neuf, mais comme le coût de ces données a fortement chuté, les chiffres officiels suggèrent que la production dans le secteur des NTIC a chuté de 4 %.

La mauvaise mesure des gains de productivité que les nouvelles technologies permettent entrainerait une sous-estimation de l'activité par les statistiques officielles, comme le mettent en relief Feldsteinou Bean(la croissance de la productivité au Royaume-Uni pourrait être sous-estimée à hauteur de 50 points de base chaque année à cause de l'incapacité à mesurer les gains des NTIC). Cependant, Syversonmontre que ces erreurs de mesure ne sont pas la cause majeure de l'énigme de la productivité, et ce pour plusieurs raisons :

  • - Tout d'abord, le ralentissement de la croissance productive a été observé dans de nombreux pays, et son ampleur n'est pas liée à l'intensité productive ou de consommation des NTIC ;
  • - De même, les surplus créés par les technologies digitales ne représentent qu'une faible part des 2 900 Mds USD de « production manquante » résultant de la baisse de la croissance de la productivité aux Etats-Unis ;
  • - Enfin, l'évolution de l'écart de productivité n'est pas liée à la vitesse de diffusion des nouvelles technologies dans l'économie, ce qui montre bien que ces deux éléments ne sont pas dépendants.

2.4 Un frein à la diffusion des innovations ?

Les observations faites par Andrews(OCDE) montrent en effet que les rythmes de diffusion des innovations entre les entreprises et entre les secteurs se sont progressivement ralentis avec l'essor de l'économie digitale. De fortes économies d'échelle et de gamme en réseau, ainsi qu'une plus forte concurrence et des restrictions sur les brevets et la propriété intellectuelle ont encouragé le développement de monopoles ou d'oligopoles naturels et ont restreint le ruissellement des innovations.

D'après une analyse de l'OCDE, la croissance molle de la productivité pourrait en fait cacher une divergence grandissante entre des entreprises « frontières » (top 5 %) qui auraient maintenu un rythme de croissance productive soutenu, et une majorité d'entreprises « retardataires » qui auraient stagné durant la même période. L'accès à internet à haut débit, ainsi que les efforts pour développer et déployer des manières d'analyser et de monétiser la diffusion des données générées par leur activité sont les éléments cités qui différencient les entreprises « frontière » (incarnées par les fameux GAFA) et les « retardataires » à une époque où la source de valeur ajoutée est passée du hardware au software puis finalement à la data (via le machine learning notamment).

D'autres éléments sont également avancés comme la non-évolution des pratiques de management (Bloom and Van Reenen) ou la hausse de la divergence sectorielle et géographique, particulièrement dans le cas du Royaume-Uni où les services financiers de la City ont accru leur écart de productivité avec les autres secteurs et les autres régions. Dans le même esprit, les firmes orientées à l'export sont en moyenne plus productives, du fait de leur exposition à la concurrence mondiale et leur intégration dans les chaines de valeur internationales. L'ouverture au commerce et aux IDE apparait donc comme un catalyseur de productivité via la concurrence et l'innovation globales. Enfin, historiquement, au niveau macroéconomique, l'accroissement progressif de la part des services sur les secteurs industriels au sein des pays développés a également été coûteux en termes de croissance de la productivité, les premiers étant peu générateurs de gains de productivité comparés aux seconds. Pour résumer, cette divergence dans les tendances de productivité réfute donc l'hypothèse selon laquelle un ralentissement de l'innovation serait l'élément clé du ralentissement de la croissance de la productivité. Ceci montre même que l'innovation et la stagnation séculaires seraient des hypothèses complémentaires plus que concurrentes.

Recommandations

Comme nous l'avons vu, l'énigme de la productivité repose sur des facteurs structurels tels que les dynamiques démographiques et une fin de cycle d'innovation, eux-mêmes amplifiés par des héritages persistants de la crise financière. Quelles pourraient être les solutions pour contrer l'effet de ces facteurs ?

Aborder les héritages de la crise est la plus grande priorité sur le court terme : les incertitudes politiques ont notamment largement freiné l'investissement et la prise de risque des entreprises au sein de l'Union Européenne; de même, la stimulation de la demande apparait comme une priorité de court terme pour contrer les effets de la crise. Les dépenses d'infrastructure ont également été mentionnées comme une priorité, notamment dans le UK's Budget 2017 Autumn Statement, qui met la priorité sur les dépenses en infrastructures de transport et de réseau haut débit, notamment pour lutter contre les inégalités régionales.

Cependant, plusieurs défis structurels doivent également être pris en compte sur le plus long terme : encourager le libre-échange et les politiques favorables à l'immigration, qui fournissent des gains substantiels en termes de productivité en permettant une meilleure allocation des facteurs au sein des secteurs les plus efficaces, ainsi que les politiques de lutte contre les inégalités afin de redistribuer les revenus vers les ménages ayant la propension à consommer la plus importante, seraient des moyens de garantir que les gains sont partagés entre les pays et au sein des pays.

L'enjeu des compétences professionnelles a également été mis en avant par les entreprises et les recruteurs (PwC UK)– la collaboration, la résilience et l'adaptabilité des nouvelles générations sont ainsi citées. Dans le même esprit, les enjeux de santé et de bien-être au travail sont également mentionnés. Il s'agit alors de développer le « capital humain » pour soutenir la productivité. Les politiques d'éducation et de formation devraient donc également être des priorités gouvernementales.

La mise en place d'un environnement qui encourage la prise de risque entrepreneuriale serait également une solution. Gordon suggère à ce propos un revenu de base garanti qui limiterait les conséquences d'un échec entrepreneurial tout en accroissant la consommation et en luttant contre les inégalités.

Enfin, une reconnaissance plus importante des actifs incorporels comme la propriété intellectuelle, serait également un élément essentiel à l'innovation technologique – la sous-évaluation de cette classe d'actifs comparée à d'autres actifs plus « tangibles » augmente en effet le coût du capital des entreprises concernées à des niveaux sous-optimaux ; de même, que le soutien financier aux entreprises innovantes dans leurs investissements de long terme (le ministère des Finances britannique suggère à ce propos dans leur 2017 Industry Panel Review la création d'un Véhicule d'Investissement de Capital Patient pour faire face au manque de fonds disponibles pour les entrepreneurs britanniques) et le soutien à la diffusion des innovations à la majorité « retardataire » des entreprises moins productives.

 

 


[1] Voir ici le BSI Talks présentant la théorie de la stagnation séculaire

[2] Mis en évidence par Nikolai Kondratiev en 1926 puis théorisés plus tard par Joseph Schumpeter, les cycles de Kondratiev sont des cycles économiques longs de l'ordre de 40 à 60 ans liés à l'apparition puis à la diffusion de « grappes » d'innovations dans l'économie donc au progrès technique. Une fois ces innovations diffusées pleinement dans l'économie, la baisse de la demande et la hausse de la concurrence entre les différents producteurs amène à un processus de « destruction créatrice » par lequel les entreprises et les filières les moins rentables sont « éliminées », jusqu'au démarrage d'un nouveau cycle par la mise en place d'une nouvelle vague d'innovations

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Diplômé du Master Diagnostic Economique de l'Université Paris-Dauphine, Sacha travaille actuellement en tant qu'économiste chez IHS Markit, après des expériences d'assistant de recherche en finances publiques internationales au sein d'une agence de notation financière, et d'économiste assistant au sein du service des études économiques de Crédit Agricole SA. Ses centres d'intérêt portent sur l'économie de l'environnement ainsi que sur les problématiques relatives au développement et au risque pays.