Quelles perspectives en 2017 pour le Canada ? (Note)

Résumé :

·         La croissance du PIB canadien devrait être plus dynamique en 2017 ;

·         Le secteur bancaire reste résilient ;

·         L'impact de l'élection du Président D. Trump aux Etats-Unis sur l'économie du Canada serait nul à court terme.

 

 

En 2016 l'activité économique au Canada avait été fortement contrainte par la faiblesse des prix du pétrole, incitant le Gouvernement de J. Trudeau à mener une politique de relance. Les gouvernements fédéral et régionaux ont dans le même temps été astreints d'instaurer pour le marché immobilier des mesures restrictives pour limiter la hausse des prix, qui a atteint par exemple 30 % en rythme annuel dans le Grand Vancouver. Ces deux risques semblent s'atténuer à ce stade.

Pour autant, les perspectives économiques et financières du Canada sont-elles plus réjouissantes en 2017 ? L'incertitude résultante de l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis est un nouveau risque pour le Canada, même si le coût économique devrait être nul à court terme. Le 13 février dernier, Justin Trudeau a rencontré Donald Trump pour évoquer, entre autres, les perspectives commerciales entre les deux pays dans le cadre de l'ALENA, que D. Trump souhaite renégocier, et ainsi dissiper les incertitudes. Par ailleurs, la ratification le 15 février dernier par le Parlement européen de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (CETA) devrait permettre d'augmenter les échanges, une bonne nouvelle pour le Canada.

 

Accélération de l'activité en 2017

Après deux années modérées de croissance du PIB, le Canada devrait enregistrer une accélération de son activité en 2017, à 2 % selon le Gouvernement, contre 1,2 % en 2016. L'économie profiterait toujours de la demande interne (+1,9 % en 2016), soutenue, principalement par la consommation des ménages, même si les revenus sont peu dynamiques. La réforme de l'allocation pour enfants[1] en juillet 2016 devrait être un facteur de soutien supplémentaire. L'investissement résidentiel devrait en revanche ralentir en raison des nouvelles réglementations entrées en vigueur dues aux fortes hausses des prix immobilier, notamment à Toronto et à Vancouver (respectivement +19,7 % et 17 % en glissement annuel à fin décembre 2016). La Colombie Britannique a, par exemple, introduit une taxe de 15 % pour l'achat d'un bien immobilier pour les non-résidents.

En outre, l'investissement privé devrait profiter d'un taux de capacités de production (81,9 %) proche de sa moyenne historique (83 %) et d'un rebond de l'investissement dans le secteur énergétique[2] à compter du second semestre 2017. La hausse du prix du pétrole (+17 % depuis fin novembre 2016) devrait en effet permettre aux entreprises du secteur de reconstituer une partie de leur marge. Par ailleurs, les exportations  devraient profiter des gains de compétitivité (amélioration des termes de l'échange due à la remontée des prix du pétrole[3]) et de l'accord commercial signé avec l'Union européenne (CETA), qui augmenterait de 25 % les exportations entre le Canada et l'UE (Commission européenne) d'ici 2030. A l'inverse, les exportations ne profiteraient pas d'une dépréciation du change USD / CAD (une hausse des taux de la Fed pourrait engendrer des pressions à la dépréciation sur le CAD) en raison de leur faible élasticité-change[4].

Le taux de chômage s'est établi à 6,9 % de la population active en décembre 2016. Le taux d'emploi et le taux d'activité sont globalement restés stable en 2016 comparé à 2015, à respectivement 65,7 % et 61,1 %. La baisse des investissements dans le secteur de l'énergie au premier semestre 2017continuerait à affecter l'emploi dans les provinces les plus dépendantes, essentiellement l'Alberta et Saskatchewan. Toutefois, l'accélération de l'activité devrait, dans l'ensemble, avoir un impact légèrement positif sur le chômage.

Les mesures adoptées dans le cadre du budget 2016[5] pourraient accroître la croissance du PIB de 0,5 % en 2017 selon l'OCDE. A noter toutefois que le plan de relance souhaité par le Premier ministre J. Trudeau[6] sera principalement mis en œuvre durant la seconde partie de son mandat, ce qui renforcerait la croissance à moyen terme, notamment en augmentant la productivité et en développant les énergies alternatives.

 

Le système bancaire est solide même si les risques persistent

L'inflation au Canada a atteint 1,5 % sur 12 mois à fin décembre 2016, comprise dans la cible d'inflation de la Banque centrale (1 - 3 %). La BoC pourrait remonter ses taux à compter du dernier trimestre 2017, si la normalisation de la politique monétaire de la Fed s'accélérerait – deux à trois hausses de taux prévus par les analystes cette année – entraînant des pressions à la dépréciation sur le CAD, ce qui augmenterait l'inflation importée.

En outre, une hausse des taux renforcerait les nouvelles réglementations immobilières en augmentant le coût de financement. Dans la mesure où les ménages canadiens sont fortement endettés (170 % du revenu disponible brut) et ont un faible taux d'épargne (4 % du RDB), de telles mesures contribueraient au ralentissement progressif des hausses des prix immobiliers. Ces effets pourraient toutefois avoir un effet plus fort qu'anticipé, entraînant une baisse significative des prix immobiliers (probabilité faible à court terme). Ce choc, parmi trois autres[7], pourrait être amplifié par les principales vulnérabilités citées par la BoC dans son Examen du système financier (ESF) : endettement des ménages, déséquilibres du marché immobilier, fragile liquidité du marché obligataire. Le rapport souligne toutefois la résilience du système bancaire canadien et un niveau de risque inchangé comparé à la précédente évaluation.

 

Quelles conséquences pourraient avoir les mesures annoncées par D. Trump dans son programme ?

Les mesures économiques annoncées dans le programme de D. Trump pourraient avoir un impact de 0,1 pp de PIB d'ici 2018 (contre 0,5 pp  aux États-Unis) selon l'estimation de la BoC, même si l'étude d'impact est difficile en raison du manque de détails sur la mise en œuvre de ces mesures.

D'une part, le plan de relance dans les infrastructures[8] et la baisse de l'impôt sur les sociétés (de 35 % à 15 %) soutiendraient l'investissement et la consommation des ménages aux États-Unis. Les exportations canadiennes (équipements, services) profiteraient ainsi du surplus de demande. La baisse de l'impôt sur les sociétés pourrait, à l'inverse, augmenter l'attractivité des Etats-Unis pour les entreprises canadiennes et avoir un impact négatif sur le Canada. Par ailleurs, la volonté du Président D. Trump de renégocier l'ALENA pourrait dégrader le commerce extérieur canadien dans la mesure où les États-Unis sont de loin les premiers partenaires commerciaux du Canada (77 % des exportations, 53 % des importations). Par ailleurs, le retrait des États-Unis du partenariat transpacifique (TPP) rend l'accord caduc dans la mesure où, pour qu'il rentre en vigueur, l'accord doit être ratifié par les 12 pays signataires ou par six pays membres dont le PIB cumulé s'élève à 85 % du PIB total des 12 membres. Le Gouvernement canadien avait estimé que cet accord augmenterait le PIB de 0,13 % et le revenu réel de 1,3 % (Peterson Institute) à long terme.

De manière indirecte, l'augmentation du risque politique depuis l'élection de D. Trump (l'indice EPU[9] aux États-Unis a augmenté de 90 points) se traduit sur les marchés financiers. Le taux obligataire à 10 ans canadien est ainsi en hausse de 54 points de base depuis l'élection de D. Trump, ce qui pourrait augmenter le coût de financement du plan de relance du Gouvernement Trudeau.

Enfin, la renégociation de l'accord sur les exportations de bois d'œuvre[10], marché de 4,7 Mds CAD en 2016, pourrait être en défaveur du Canada. La Commission du commerce états-unien a en effet estimé que les exportations de bois d'œuvre canadiennes étaient subventionnées et nuisaient aux producteurs états-uniens. Les analystes tablent sur l'introduction d'une taxe à l'importation d'environ 25 %, avec un risque de répercussion important sur l'emploi en Colombie-Britannique qui fournit 50 % des exportations canadiennes à destination des États-Unis.

 

Conclusion

Les nouvelles mesures budgétaires et la reprise de l'investissement devraient avoir un impact positif sur l'économie canadienne en 2017. Par ailleurs, les mesures mises en place dans le secteur immobilier devraient contenir la hausse des prix. Le secteur restera néanmoins sous surveillance en cas d'un ralentissement des prix plus important que prévu, ce qui pourrait avoir un impact significatif sur le secteur bancaire au vue de l'endettement des ménages (choc peu probable à court terme).

Enfin, le secteur du bois d'œuvre et plus généralement les entreprises à l'exportation pourraient être les perdantes de la volonté du Président D. Trump de renégocier les accords commerciaux. Toutefois, une renégociation des deux accords (bois d'œuvre et ALENA) entraînerait une hausse significative des prix pour les consommateurs états-uniens. Une renégociation en apparence pourrait donc être trouvée, ne modifiant, dans le fonds, pas les grandes lignes des accords.

 

Bibilographie :

http://www.bankofcanada.ca/wp-content/uploads/2017/01/mpr-2017-01-18.pdf

http://www.bankofcanada.ca/wp-content/uploads/2016/12/fsr-december2016.pdf

http://www.bankofcanada.ca/wp-content/uploads/2017/01/fad-press-release-2017-01-18.pdf

http://www.bankofcanada.ca/2016/12/fsr-december-2016/

http://www.crea.ca/housing-market-stats/national-average-price-map/

 


[1]La réforme supprime et remplace les différents systèmes de prestation aux familles par un système unique d'aide financière, plus généreux et non imposable.

[2]La production de pétrole a également été affectée par les importants incendies survenus en mai 2016 à Fort McMurray (Alberta). Le coût (direct et indirect) serait d'environ 9 Mds CAD selon les autorités.

[3]Les exportations de pétrole représentaient 15,3% des exportations totales du Canada.

[4]Source : publication politique monétaire de la BoC

[5] Outre la réforme de l'allocation pour enfants, le budget 2016 prévoit, entre autres,  de baisser la deuxième taux d'imposition de 1,5 point à 20,5 %, de réduire le délai de carence des prestations d'assurance-emploi, d'investir plus de 120 milliards de dollars dans l'infrastructure sur 10 ans, de bonifier les bourses d'études, de créer un Fonds pour une économie à faibles émissions de carbone doté de 2 Mds CAD sur deux ans, etc.

[6]Il comprend notamment des investissements immédiats de 11,9 Mds CAD dans les infrastructures et 81 Mds CAD d'investissements additionnels d'ici 2027-2028 dans les infrastructures et dans les collectivités rurales.

[7]Forte hausse des taux d'intérêts de long terme, stress venant de Chine et d'autres pays émergents, faible prix des commodités sur une période prolongée.

[8]L'impact de cette mesure sur l'économie canadienne devrait être nul en 2017 dans la mesure où ce plan ne pourra être mis en place avant le prochain processus budgétaire, début en octobre. A noter toutefois que D.Trump a signé une ordonnance exécutive accélérant la construction du projet Keystone XL, reliant l'Alberta au Nebraska par un pipeline de 1900 km. Le Conference Board of Canada estime que les exportations de pétrole augmenteraient de 1 M de barils par jours d'ici 2030 grâce à ce projet.

[9]L'indice EPU (Economic Policy Uncertainty Index) est une mesure du niveau d'incertitude lié à la conduite de la politique économique au travers de la presse, des dispositions fiscales et des écarts de prévisions des économistes (cf. la note de BSI à ce sujet « L'incertitude des politiques économiques : un indice pour la mesurer » du 24/11/2015).

[10]Cette accord a expiré en octobre 2015, reconduit pour 12 mois.

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Diplômé de l'Université Paris-Dauphine et de l'Université de Strasbourg, Edouard Durand est économiste au sein de la Direction Générale du Trésor. Auparavant, il a travaillé au sein du service des études économiques du Crédit Agricole SA et de Coface. Ses centres d'intérêts portent sur les problématiques européennes et le risque pays.