Education en France, un résultat moyen et inégalitaire (Note)

 

Résumé :

·         Après un décrochage entre 2003 et 2012, le dernier rapport PISA souligne que le niveau scolaire en France s'est stabilisé entre 2012 et 2015.

·         Les résultats scolaires de la France se situent dans la moyenne de l'OCDE et le système éducatif français est marqué par d'importantes inégalités socio-économiques qui minent son efficacité.

·         Concernant les pistes d'amélioration possibles, le développement d'un système d'incitations à destination des enseignants des écoles de milieux défavorisés pourrait permettre de lutter contre les inégalités scolaires.

·         Il est également important de prendre connaissance des besoins des élèves afin de leur proposer un enseignement adapté et personnalisé. Une réforme sur la formation des enseignants ainsi qu'un suivi de leur évolution peut également permettre une amélioration des résultats scolaires en France. 

 

 

 

A quelques mois de l'élection présidentielle, les derniers résultats de l'enquête internationale PISA soulèvent des questions sur l'état du système éducatif en France. L'enquête PISA (Programme for International Student Assessment), élaborée par l'OCDE, cherche à évaluer les compétences des élèves de 15 ans. 72 pays et économies ont participé à la vague de 2015, ce qui permet de mener une analyse comparative. Les épreuves de cette enquête portent sur les sciences, les mathématiques et la lecture. La vague de 2015 met l'accent sur les sciences. L'enquête PISA est menée tous les trois ans, ce qui permet également de mener une analyse dynamique de l'évolution des connaissances des élèves. L'objectif de cet article est de voir ce que nous apprennent les résultats de cette enquête et notamment ceux de la dernière vague.

 

La France dans la moyenne de l'OCDE mais marquée par de fortes inégalités socio-économiques

A première vue, la France se situe dans la moyenne des pays de l'OCDE en mathématiques, en lecture et en sciences (Graphique 1). Les pays qui affichent les meilleures performances sont Singapour, Hong Kong, le Japon, le Canada et la Finlande. Par rapport à la vague précédente, qui a eu lieu en 2012, le niveau de la France est identique en sciences, a légèrement augmenté (2 points d'augmentation) en lecture et a baissé en mathématiques (baisse de deux points). Après une dégradation inquiétante entre 2003 et 2012, les résultats scolaires en France ne se sont donc pas fortement détériorés contrairement à ce que prévoyaient beaucoup d'observateurs.  

Graphique 1 : Résultats de l'enquête PISA en 2015

Sources : Auteur, PISA 2015, BSI Economics

Ce constat général cache cependant de fortes inégalités socio-économiques en France. Si le système scolaire français parvient à former une petite élite, il est surtout marqué par des inégalités plus importantes que dans la plupart des autres pays de l'OCDE.

D'après l'OCDE, 20 % des différences de performance en sciences entre les élèves sont expliquées par leur statut socio-économique contre seulement 13 % pour la moyenne des pays OCDE.[1] L'écart de performances entre les enfants les plus défavorisés (quartile inférieur du statut socio-économique) et les enfants les plus favorisés (quartile supérieur) en France est l'un des plus forts de tous les pays de l'OCDE (seul le Luxembourg a un écart plus élevé) (Graphique 2). Les inégalités en termes d'éducation sont donc particulièrement marquées en France où il existe un fort déterminisme social. L'OCDE souligne que près de 40 % des enfants issus d'un milieu défavorisé sont en situation de difficulté scolaire en France contre 34 % pour la moyenne de l'OCDE. Les pays qui affichent les meilleurs résultats se caractérisent quant à eux par un déterminisme social moins fort. Ainsi, au Japon, seulement 10 % des différences de performances en sciences sont  expliquées par le statut socio-économique des élèves.

Graphique 2 : Ecart de performance selon le niveau socio-économique de l'individu

Sources : Auteur, PISA 2015 BSI Economics

Le dernier rapport de PISA souligne également que, en France, les élèves issus de l'immigration se retrouvent particulièrement en situation de difficultés scolaires. 40 % des enfants issus de l'immigration sont en situation de difficulté contre seulement 18 % des autres élèves.

Concernant le taux d'absentéisme, la France se classe plutôt en bonne position avec 11 % des élèves qui ont manqué une journée de cours sans autorisation contre 20 % pour la moyenne des pays de l'OCDE. Cependant, une fois encore, on observe de véritables disparités entre les élèves. Ainsi, 21 % des élèves issus de milieux défavorisés ont déclaré avoir été absents contre 6 % des élèves issus de milieux favorisés. Ces disparités peuvent être un des facteurs expliquant les différences de performance selon le statut socio-économique. Autre particularité de la France, le redoublement demeure une pratique courante avec 22 % des élèves qui ont redoublé au moins une fois (11 % pour la moyenne des pays de l'OCDE).

Côté Sciences, les élèves français, surtout les filles, sont moins attirés par les matières scientifiques que la moyenne des pays de l'OCDE. Ceci peut s'expliquer par le fait qu'en France, peu de filles pensent travailler dans un domaine scientifique (moins d'une sur cinq contre un garçon sur quatre). Dans ce domaine, la France, une fois de plus, est bien en-dessous de la moyenne des pays de l'OCDE.

L'environnement dans lequel se fait l'apprentissage est un des facteurs qui peuvent influencer les performances scolaires. De ce côté-là, la France se place plutôt en bonne position. Moins de 30 % des élèves sont scolarisés dans des établissements où le manque de matériel se fait ressentir. De plus, seuls 20 % sont scolarisés dans des écoles qui manquent de matériel pédagogique. Ce qui est en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE. Les écoles françaises sont donc plutôt bien dotées en termes de matériel et l'on n'observe pas de différences selon le niveau socio-économique de l'enfant.

 

Quelles pistes de réflexion tirer des champions PISA ?

Le rapport PISA ne se contente pas de dresser des constats mais propose également des politiques à mettre en œuvre pour améliorer la qualité de l'éducation dans les pays en difficulté. En France, la principale difficulté consiste à s'attaquer aux inégalités scolaires. Notre système éducatif doit permettre à tous les enfants de progresser, quel que soit leur milieu d'origine. Pour qu'une politique luttant contre les inégalités scolaires ait un impact, il est important de s'attaquer à ce problème dès le plus jeune âge. Sur ce point, la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République (juillet 2013) va dans le bon sens puisqu'elle cherche à lutter contre l'échec scolaire dès le plus jeune âge.

Une première piste de réflexion consiste à s'assurer que les établissements défavorisés reçoivent les ressources matérielles mais aussi humaines nécessaires pour aider les enfants en difficulté. Il ne s'agit pas uniquement de donner des ressources supplémentaires mais aussi de s'assurer que celles-ci sont utilisées à bon escient.  Ainsi, le programme « Pupil Premium », mis en place en Angleterre en 2011, donne des financements supplémentaires aux écoles fréquentées par des élèves issus de milieux défavorisés. En contrepartie, les établissements doivent justifier de la progression des élèves défavorisés.

Réduire les inégalités passera aussi inexorablement par les professeurs : les enseignants expérimentés, motivés doivent être incités à enseigner dans ces établissements. Ces incitations pourraient également participer à revaloriser le métier d'enseignant. Par exemple, la Corée du Sud a mis à un système d'incitations reposant sur un supplément de revenu, des classes plus petites et des heures d'enseignement réduites afin d'attirer les enseignants dans les établissements situés dans des zones défavorisées. Cette politique semble porter ses fruits puisque les élèves issus de milieux défavorisés sont plus susceptibles d'avoir un enseignant ayant au moins trois ans d'expérience, que les élèves issus de milieux favorisés. Le rapport souligne également l'importance de suivre les enfants des milieux défavorisés et de leur proposer un enseignement davantage personnalisé. Cela passe d'abord par une évaluation des besoins et de la qualité des enseignements disponibles. Dans ce domaine, la France semble en retard. Seuls 23% des élèves français sont scolarisés dans un établissement où il leur est demandé des commentaires sur les enseignements qu'ils reçoivent contre 69 % pour la moyenne de l'OCDE.

Une  première étape, peu coûteuse, serait donc de généraliser ces pratiques.  Une fois les besoins connus, il est plus facile de proposer un enseignement personnalisé. Ainsi, en Finlande, une des raisons potentielles du succès du système éducatif tient au fait que tous les élèves durant leur cursus ont le droit de recevoir un soutien personnalisé. Proposer un enseignement personnalisé et adapté à tous peut passer par un système de tutorat. En France, seuls 33 % des élèves déclarent bénéficier d'un tutorat dans leur établissement contre 70 % dans la moyenne des pays de l'OCDE, ce qui laisse une large marge de manœuvre.

Toute réforme éducative, pour être efficace, doit être soutenue par le corps enseignant. Ce sont les professeurs qui décideront d'appliquer les réformes ou non. Plusieurs pistes peuvent permettre d'améliorer la qualité des enseignants.  Tout d'abord, il est essentiel de revoir le recrutement des enseignants en France. De nombreux pays, qui ont un système éducation performant comme la Finlande ou le Japon, ont opté pour une politique de recrutement des professeurs plus sélective qu'en France. Côté formation, il existe également des possibilités d'amélioration. Ainsi, l'enquête TALIS de 2013 soulignait qu'en France, les enseignants se sentaient moins bien préparés en termes de pédagogie et participaient moins souvent à des formations continues que dans beaucoup d'autres pays et notamment dans les pays affichant de bons résultats au test PISA. Ainsi, au Japon, les enseignants doivent suivre une formation continue obligatoire et bénéficient d'un système de tutorat dès leur première année de prise de fonction. De plus, depuis 2009, ils sont obligés tous les dix ans de renouveler leur certificat en démontrant qu'ils possèdent toujours les compétences nécessaires pour être enseignant. Autre exemple, à Singapour, les enseignants sont évalués tous les ans et les plus performants se voient octroyer une prime. Il est donc essentiel d'améliorer la formation des enseignants pour qu'ils soient aptes à utiliser les outils pédagogiques les plus efficaces.

 

Conclusion

Les résultats scolaires en France sont donc très mitigés. Si la dégradation que l'on avait observée jusqu'en 2012 s'est arrêtée, les élèves français ne se situent que dans la moyenne des pays de l'OCDE. Ils sont largement dépassés par Singapour, Hong Kong et le Japon. De plus, les enfants issus de milieux défavorisés ont des résultats bien inférieurs à ceux issus des milieux favorisés.

La France est en réalité un des pays de l'OCDE où le déterminisme social joue un des rôles les plus importants dans la réussite scolaire. Il ne s'agit nullement d'être fataliste, des marges de manœuvre pour améliorer le système éducatif français existent mais il faut impérativement creuser ces pistes de réflexion afin de mettre en place des réformes efficaces. 

 

 


[1]Ce pourcentage représente le pourcentage de la variance des résultats scolaires en sciences qui est expliquée par le statut socio-économique de l'élève. Ce statut est représenté par un indice synthétisant l'éducation des parents, leurs statuts professionnels, les biens possédés par la famille, le nombre de livres et les ressources éducatives disponibles à la maison.

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Diplômée de  l'ESCP Europe, majeure Économie, ainsi que de l'Université Paris Dauphine en Économie Internationale et Développement, Marine De Talancé est actuellement doctorante en économie du développement à l'Université Paris Dauphine (DIAL-IRD). Ses principaux centres d'intérêt portent sur les problématiques relatives au développement, particulièrement celles concernant l'éducation dans les pays en développement (déterminants, impacts sur les marchés du travail, financement...). Marine De Talancé est membre du comité éditorial.