Compte rendu réunion BCE jeudi 8 Décembre

La BCE a annoncé aujourd'hui qu'elle continuerait son programme d'achats d'actifs (Quantitative Easing, QE) au delà de Mars 2017, date où il était initialement prévu de terminer le programme. Cette extension se fera avec un rythme d'achats de 60 milliards d'euros par mois (au lieu de 80 milliards actuellement), et est à ce jour prévue pour durer jusqu'à Décembre 2017 au minimum. Une extension était anticipée par beaucoup, dont une partie de nos économistes. Voici les éléments à retenir:

 

- des obligations de maturité inférieure à 2 ans pourront être maintenant achetées. La limite de « 2 ans » est donc abolie. Il s'agit d'un changement purement technique pour palier à la « pénurie » d'actifs, sans impact économique particulier.

- la BCE et les BCN pourront acheter des obligations ayant un rendement inférieur à celui du taux de dépôt (actuellement à -0,4%). Notons qu'il s'agit bien d'une option, pas d'une obligation. De tels achats sont en effet de facto déficitaires pour l'institution, générateurs de pertes[1].

- pas de discussions sur le « tapering » du QE, c'est à dire sur un ralentissement graduel des achats d'actifs jusqu'à 0 (définition employée par Draghi). La diminution des achats d'actifs de la part de la BCE (60 milliards versus 80) ne doit donc pas être interprété comme « le début de la fin ».

 

 

 

Notes:

[1] Ce point est souvent mal compris : les banques centrales financent leurs achats d'actifs avec des réserves (la fameuse « planche à billet électronique ») ; ces réserves atterrissent dans les comptes des banques où elles sont rémunérées à un taux de -0,4% ; la banque centrale va donc avoir d'un côté un passif rémunéré à -0,4% et des actifs rémunéré à moins de -0,4%, les recettes sont donc inférieures aux coûts et donc l'opération apporte une perte.

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Julien Pinter est chercheur (PhD) en Economie monétaire et bancaire à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il travaille notamment sur les questions relatives aux risques aux bilans des banques centrales et sur la soutenabilité des pegs. Il a des expériences de travail à la Banque Centrale Européenne et à la Banque de France en particulier. Il a été visiting researcher à l'Université d'Amsterdam, a travaillé à l'Université de Bruxelles Saint-Louis et étudié à l'Université de Stockholm. Julien Pinter est diplômé du Master Monnaie Banque et Finance de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (major de la promotion 2012) et du Magistère d'Economie de Paris 1.