Etats-Unis : hausse des taux en Permazero

Etats-Unis : hausse des taux en Permazero

Actualité : De faibles taux d'intérêt favorisent un assouplissement des conditions de financement, qui soutient une reprise progressive de l'économie. Le concept de Permazero caractérise une situation où ce mécanisme ne fonctionne plus et contribue paradoxalement à une nouvelle baisse des prix. La réaction de la politique monétaire à cette situation devrait ainsi être une hausse des taux pour stimuler à la hausse les anticipations d'inflation. C'est l'un des arguments des membres les plus hawkish (en faveur d'une hausse des taux) de la FED.

 

·       L'équation de Fisher (taux d'intérêt nominal = taux d'intérêt réel + inflation) justifie qu'un taux d'intérêt nominal maintenu bas sur une longue période implique une baisse de l'inflation à taux d'intérêt réel inchangé. Un taux nominal maintenu à un niveau faible de manière prolongée encouragerait une hausse prononcée du prix des actifs risqués, qui seront nécessairement amenés à se corriger ultérieurement, ce qui affecterait donc le revenu net des épargnants et ce qui réduirait donc leurs dépenses. Ce dernier ajustement limiterait la reprise économique et par ce biais limiterait donc la hausse des salaires et la hausse des prix.

 

·       A contrario, la FED évoque dans ses minutes une baisse graduelle du taux d'intérêt réel neutre(taux soutenable avec l'inflation et la production) qui soutient soit une baisse du taux d'intérêt nominal, soit son maintien au même niveau combiné à une baisse du taux d'inflation. Cette baisse du taux neutre se justifie par :

 

o    (1) une épargne excessive (savings glut), qui maintient de faibles rendement sur les obligations ;

o    (2) un désendettement du secteur privé, en raison de conditions financières favorables ;

o    (3) et une hausse du dollar, liée à des taux d'intérêt négatifs au Japon ou en Zone Euro.

 

·       Dans la conjoncture actuelle américaine, des effets de base sur le baril WTI pourraient apparaitre dès juillet et soutenir une reprise de l'inflation en glissement annuel qui a récemment ralenti en 2016 (1,4 % en janvier, 1,0 % en février, 0,9 % en mars). Le ralentissement de l'appréciation du dollar et du désendettement privé favoriseraient la stabilisation voire la reprise du taux d'intérêt réel neutre. Une situation qui favoriserait une nouvelle hausse des taux et s'inscrirait dans un modèle modéré dit neo-Fisher (Cochrane 2015) : le taux d'intérêt nominal augmente modestement et l'inflation réagit à la baisse avant de reprendre progressivement.

 

·       Si cette reprise était trop poussive, plusieurs hausses du taux d'intérêt directeur pourraient relancer l'inflation. C'est le second type de modèle de Cochrane (2015) : le taux d'intérêt nominal augmente brutalement et l'inflation réagit directement à la hausse (modèle neo-Fisher extrême). Cette situation soutiendrait une vision plus hawkish de certains membres de la FED en cas de faiblesse des effets attendus (dollar plus faible et fin du désendettement).