Japon et récession

Actualité : L'économie nippone a enregistré deux trimestres consécutifs avec une croissance négative en variation trimestrielle (-0,2% au T2 et T3 2015) et se retrouve donc en récession. Malgré les fameux Abenomics et notamment une politique de Quantitative Easing (QE) de grand ampleur (entre 70 et 80 Mds USD d'achats d'actifs par mois), l'économie japonaise peine à retrouver le chemin d'une croissance durable. Malgré ces performances économiques très moyennes, la Banque centrale du Japon (BoJ) a maintenu un statut quo lors de sa dernière réunion et ne compte pas augmenter le QE lors des prochains mois, comme elle avait pu le faire le 31 octobre 2014.

 

 

 

Une faible demande privée domestique

Suite au lancement de QE en 2013, l'investissement privé (22% du PIB) est reparti au Japon mais se montre plus poussif depuis la fin de l'année 2014. Les dernières enquêtes Markit révèlent toutefois que le milieu des affaires et les entreprises sont plus optimistes qu'au cours du précédent trimestre pour les mois à venir, notamment dans le secteur manufacturier.

La consommation privée (59 % du PIB) reste quant à elle très faible – notamment en raison d'une hausse de la taxe sur la consommation - et ne contribue qu'insuffisamment à la croissance du PIB (cf. graphique de gauche ci-dessous). La croissance de la consommation des ménages est certes revenue en territoire positif au cours des deux derniers trimestres, mais la hausse du prix des actifs financiers, impulsée par le QE, ne suscite pas d'effet richesse significatif pour les ménages japonais, pourtant gros détenteurs d'obligations du Trésor et d'actifs financiers. Dès lors, il semblerait que le QE ne stimule pas assez la demande privée.

 

 

De plus, le QE contribue à un effet dépréciatif sur le Yen (-22 % depuis le lancement du QE en 2013, cf. graphique ci-dessous à gauche) qui renchérit le prix des importations pour les consommateurs japonais de manière plus importante que la pression déflationniste du prix du pétrole et des matières premières, d'où un effet global négatif sur les consommateurs japonais. Le report de la hausse de la TVA et la hausse des salaires, accordée lors des négociations au printemps 2015, n'a également pas joué le rôle espéré par les autorités pour relancer la consommation privée. Il en résulte un taux d'inflation des prix à la consommation très faible, proche de 0% (cf. graphique ci-dessous à droite). La BoJ ne s'attend pas à un retour durable de l'inflation vers sa cible de 2% avant 2017.

 

 

 

Une demande externe en berne

En actionnant son QE, le Japon comptait ainsi déprécier le Yen afin de booster ses exportations, après plusieurs années de perte de vitesse et de baisse de sa compétitivité prix. Comme nous l'avons constaté, le Yen s'est fortement deprécié depuis 2013 et surtout en 2014 après que le QE ait été augmenté. Mais la contribution du solde commerciale à la croissance du PIB est quasimment nulle : la hausse des exportations ayant été compensée par celle des importations.Enfin, l'élasticité prix des exporations japonaises aux variations de son taux de change est très faible (0,2 selon Natixis). Dès lors une nouvelle dépréciation du Yen n'améliorerait que très marginalement le niveau des exportations.Par ailleurs, la prochaine hausse des taux fed funds affectera les flux de capitaux dans les pays de l'ASEAN et dépréciera l'ensemble des monnaies de ces économies, dont le Yen.

 

Enfin, le ralentissement chinois n'est pas favoriable aux entreprises exportatrices japonaises et plus largement aux autres pays asiatiques. La Chine est le premier partenaire commercial du Japon, tandis que l'Asie représenterait près de 60% des exportations japonaises.

 

Conclusion

La situation économique japonaise reste très délicate et incertaine. Toutes les attentes du pays reposent désormais sur sur la mise en place des réformes structurelles (hausse du revenu minimum, baisse du taux d'imposition sur les sociétés, marché du travail etc.) et surtout sur un nouveau plan de relance du gouvernement de Shinzo Abe en fin d'année. Le QE sera poursuivi au moins jusqu'en 2017 par la BoJ et continuera donc de soutenir l'économie japonaise, dont les possibilités de sortie de récession semblent réduites à court terme.

 

Note :

Suivre les indices japonais via IG : http://www.ig.com/fr/ig-indices/japon-225