Dégradation de la France à AA par FitchRatings

Le 12 décembre 2014, l'agence FitchRatings a décidé de dégrader la notation souveraine de la France de AA+ à AA, accompagnée d'une perspective stable.

L'absence d'amélioration significative des finances publiques depuis l'automne 2014 et la présentation du budget 2015, a poussé l'agence de notation FitchRatings à dégrader d'un cran la notation souveraine de la France à AA. En effet, malgré les annonces budgétaires supplémentaires (3,6 Mds € soit 0,2 % du PIB), le déficit prévu pour 2015 devrait s'établir à 4,1 % du PIB, soit un niveau similaire à 2013. A ce titre, Fitch n'exclut pas que la Commission Européenne impose une amende à la France (0,2 % du PIB), courant du printemps 2015, lors de la prochaine revue budgétaire du pays. Ainsi, dans un contexte de croissance nominale faible, la dette publique devrait atteindre un pic à près de 100 % du PIB en 2017 avant d'entamer une baisse graduelle.

Par ailleurs, l'agence s'inquiète des perspectives de croissance à court, moyen et long termes. Tout d'abord à court et moyen termes, seules la dépréciation de l'euro et la baisse des prix du pétrole joueront un rôle moteur dans l'activité. La consommation restera contenue par un chômage élevé à 10,5 %. Ensuite, à long terme, l'impact des réformes est jugé insuffisant pour restaurer la compétitivité et stimuler la croissance potentielle, estimée par FitchRatings à 1,5 % annuel. De plus, l'agence met en doute la capacité du gouvernement à mettre en place l'ensemble des réformes structurelles qui permettrait de débrider la croissance. Aussi, le report des objectifs budgétaires met en péril la crédibilité de la France en termes de finances publiques.

Toutefois, l'agence met en avant certains aspects positifs afin de justifier la perspective stable qui accompagne la notation de la France : i) un accès aux marchés financiers qui garantit de faible taux et une bonne gestion de la dette (maturité moyenne de la dette de 7 ans), ii) les multiples annonces du gouvernement en vue de continuer les réformes économiques, territoriales et sociales, iii) la bonne santé financière des agents privés aussi bien les ménages (faible endettement et épargne élevée) que les banques, comme en atteste les résultats positifs du stress test bancaire d'automne 2014, iv) le renforcement du cadre de gouvernance européen qui limite le risque de mise à contribution directe de l'Etat français

Comme prévu, les marchés n'ont pas réagi à cette annonce puisque les taux souverains français sont restés stables à des niveaux historiquement faibles. Aujourd'hui la France est l'exemple type de l'absence de réaction suivant une dégradation des émetteurs souverains. Cette décorrélation, voire corrélation négative, s'explique par les liquidités massives disponibles sur les marchés, le potentiel rachat de dettes souveraines à venir par la BCE et la qualité de signature de la France qui reste un pays très prisé par les investisseurs.

En outre, on peut mentionner que FitchRatings, au même titre que les autres agences, est bien plus pessimiste sur l'impact du pacte de responsabilité que ne l'est l'OCDE. Pour rappel, l'OCDE chiffrait les effets de l'ensemble des réformes engagées par le gouvernement (Pacte de Responsabilité et Solidarité et baisse du coût du travail via le CICE, réforme du marché du travail, concurrence via la loi Macron, réforme territoriale) à +0,3 points de croissance à horizon 5 ans et +0,4 points d'ici 10 ans. L'interprétation de FitchRatings montre le manque de certitudes autour du paquet de réformes. Pourtant, si l'agence se veut réaliste dans ses projections, on peut penser que le scénario mis en avant par le gouvernement, et conforté par l'OCDE, permettrait de répondre aux principaux défis de la France qui sont : stimuler la croissance (via la restauration de la compétitivité et la création d'emplois) afin de réduire le poids de l'endettement public à terme.

Diplômé de l'Université Paris Dauphine en Diagnostic Economique, Jordan Allouche a travaillé comme économiste dans un cabinet de gestion d'actifs, puis au sein de la Direction Générale du Trésor. Il occupe aujourd'hui un poste d'analyste des risques financiers et de crédit au sein d'un fonds de pension. Ses centres d'intérêts portent sur l'évaluation du risque souverain et ses implications en termes d'allocation d'actifs. Jordan Allouche est membre du comité éditorial de BSI Economics.

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