? Comment sont construits les indicateurs mesurant la confiance que les individus s'accordent les uns envers les autres à l'échelle d'un pays ?

Beaucoup d'études économiques se concentrent sur les liens entre les caractéristiques sociales et culturelles liant les habitants d'un pays (ou les employés d'une entreprise) et les performances de ce pays en matière d'économie ou d'éducation (ou les performances de l'entreprise). Une étude récemment citée sur BS Initiative est celle de Yann Algan, à propos du lien entre pratiques éducatives et confiance (voir l'article « Economie et Education »).

 

Il y a plusieurs enquêtes mesurant la confiance. La plus renommée d'entre elles est sans doute celle du World Value Survey. Celle-ci couvre des échantillons représentatifs (c'est à dire tenant compte de la diversité géographique, sociale et religieuse) de milliers d'individus dans chaque pays, qui répondent à la question suivante « D'une manière générale, diriez-vous qu'on peut faire confiance à la plupart des gens ou qu'on n'est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres ? », avec comme possibilités de réponse « La plupart des gens peuvent être dignes de confiance » ou « on n'est jamais assez prudents lorsque l'on a affaire aux autres » (avec bien sûr des possibilités « ne se prononce pas » comme dans toutes les enquêtes sérieuses). En fonction des réponses, un score est construit pour chaque pays. Le pays avec le plus grand score est ainsi censé représenter « le pays où les gens se font le plus confiance » et vis versa.

 

Dans le top 3 de ce classement on trouve 3 pays scandinaves, la Norvège, la Suède et le Danemark. La France, elle, en 2006, se situait parmi les "mauvais élèves" du genre, à l'avant dernier rang des pays de l'OCDE. Certains tentent de trouver des explications à ce résultat particulier à travers les caractéristiques de la société française et de ses institutions (voir notre article "Education et Economie"), pendant que d'autres citent des traits culturels comme explication majeure (individualisme prononcé, traits historiques...). Notons que pour Yann Algan et d'autres chercheurs, la confiance dans une société est un des déterminants essentiels de la croissance économique de celle-ci.

 

 

Julien P.

 

 

NB : Notons que ce type d'enquête est soumis aux biais habituels des enquêtes statistiques au niveau internationale : la diversité des scores au niveau régional (Paris vs Province en France par exemple) est effacée au profit d'un score national, et, bien entendu, les biais psychologiques dans les réponses fournis influencent le score (perception du sens du mot confiance par exemple, différente selon les pays). De même la dichotomie des réponses est un inconvénient de cette enquête. L'European Social Survey est une enquête complémentaire prenant elle un éventail de réponse plus large (allant de 1 à 10).