La Minute BSI Economics : « Les travailleurs qualifiés sont moins touchés par le chômage partiel grâce au télétravail » (Interview)

Sara Signorelli, Candidate au doctorat à l'Ecole d'Economie de Paris et Économiste chez BSI Economics, répond à 3 questions sur l'évolution du marché du travail pendant la pandémie de COVID-19.

BSI Economics - Quels sont les effets de la fermeture des frontières sur le marché du travail en France ?

 

Sara Signorelli - Les mesures de confinement ont révélé la forte présence des travailleurs étrangers dans les métiers essentiels à la société, à la fois parmi les emplois faiblement qualifiés, comme les nettoyeurs ou les aides à la personne, et parmi ceux très qualifiés, comme les médecins ou les scientifiques. Si les importantes restrictions aux frontières devaient se prolonger dans le temps, on pourrait se retrouver en situation de pénurie de main d'œuvre dans certains métiers clés. Or, la rareté de certaines compétences pourrait devenir un frein à la reprise économique. Le nombre de travailleurs français partant à l'étranger sera aussi amoindri mais cela ne suffira pas à compenser la perte des travailleurs migrants. En effet, ces derniers ne se spécialisent généralement pas dans les mêmes professions ; sans compter que la perte de diversité dans la main d'œuvre - important moteur d'innovation – ne pourra pas être comblée.

 

Quels sont les conséquences du confinement sur l'organisation et la gestion des travailleurs qualifiés ?

 

Les travailleurs qualifiés ont été beaucoup moins touchés que les autres par le chômage partiel, en grande partie grâce à un accès plus grand au télétravail. Malgré le fait que ces métiers permettent depuis longtemps de travailler à distance, le télétravail n'était que faiblement utilisé avant la crise et était généralement associé à des revenus plus faibles et à des opportunités d'avancement moindres. Le confinement pourrait mener à un changement de culture dans les entreprises, permettant à la fois une flexibilité accrue dans les horaires des employés et à une diminution des voyages d'affaires, remplacés par des visio-conférences. Plusieurs enquêtes ont montré que les travailleurs valorisent ces éléments, donc on pourrait aller vers une amélioration de leur bien-être au travail. Un risque est néanmoins que les employeurs commencent à exiger de plus en plus la disponibilité à toute heure, ce qui porterait atteinte au droit à la déconnexion.

 

Ces changements vont-ils impacter les inégalités de genre entre travailleurs qualifiés ?

 

A priori, une organisation du travail plus flexible pourrait être favorable aux femmes actives, car elles sont, en moyenne, plus sensibles au temps de déplacement. En effet, elles préfèrent souvent renoncer à un salaire plus élevé pour un travail plus proche ou plus flexible. Néanmoins, les premiers éléments montrent que la productivité des femmes qualifiées a baissé plus que celle des hommes pendant le confinement, car elles ont assumé la majorité des charges liées aux enfants, à la préparation des repas, etc. On peut donc s'attendre à une diminution des inégalités de genre seulement à condition qu'un accès plus important au télétravail ne les amène pas à assumer des tâches domestiques supplémentaires. Un dernier risque réside dans le fait que les réunions par vidéoconférence semblent amplifier les différences de temps de parole entre hommes et femmes, ce qui pourrait creuser les inégalités dans les opportunités de progression.

Sara Signorelli prépare actuellement une thèse en économie du travail à l'École d'Économie de Paris. Elle est également diplômée de l'Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement et elle possède deux ans et demi d'expérience professionnelle dans le domaine de la recherche économique appliquée, acquise en travaillant pour la Banque Mondiale et pour l'International Food Policy Research Institute. Sa recherche porte sur l'analyse de l'impact du changement technologique et des flux migratoires sur le marché du travail français.

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