La Minute BSI Economics : « L'Helicopter Money a peu d'intérêt en présence de taux bas »

Julien Pinter, Chercheur à l'Université Charles de Prague (République Tchèque) et Economiste chez BSI Economics, répond à 3 questions sur l'évolution du rôle des banquiers centraux.

BSI Economics – Devons-nous attendre davantage d'inflation suite aux rachats d'actifs des banques centrales ?

Julien Pinter - Je pense que les programmes de rachats d'actifs actuels de la BCE ne vont pas "créer" plus d'inflation qu'ils n'en ont créée entre 2015 et 2019. Le canal vers l'inflation est toujours le même : les achats d'actifs font baisser les taux longs, ce qui incite les investisseurs à investir davantage et les consommateurs à consommer davantage. Les mesures actuelles ayant aussi un autre objectif ici: rassurer les marchés et contenir les primes de risque. Étant donné l'énorme incertitude actuelle, je pense qu'il y a plus de chance que les programmes de rachats d'actifs actuels "créent" moins d'inflation aujourd'hui qu'ils n'en ont "créée" les années précédentes.

Est-ce que le concept d'Helicopter Money pourrait se généraliser ?

Il y a beaucoup de débats sur ce thème, parfois à mon sens très confus. Si l'on entend par helicopter money une "création monétaire de la part de la banque centrale sans achat d'actifs en contrepartie et directement destinée aux ménages", je ne pense pas qu'on puisse voir ce genre de politique un jour. Si l'on entend par helicopter money un "financement monétaire de la banque centrale (par création monétaire) d'une certaine dépense budgétaire", je n'en vois pas trop l'intérêt quand les Etats peuvent emprunter à des taux très bas avec des primes de risques limitées. 

Les débats actuels portent sur une possible monétisation de la dette. Est-ce pertinent ?

Si par monétisation on entend simplement "la création de monnaie par la banque centrale pour acheter des obligations du Trésor" (hors QE), c'est une politique qui peut temporairement apparaître comme pertinente lorsqu'il y a risque que les investisseurs s'inquiètent sur la dette de l'État. La banque centrale signale qu'elle est présente et qu'on peut compter sur elle. En dehors de ce contexte, la monétisation n'est à mon sens pas particulièrement souhaitable (je ne parle pas du QE qui a pour but de relancer l'inflation et peut donc rester longtemps si le risque déflationniste perdure). 

Julien Pinter est chercheur en Economie monétaire à la Charles University, actuellement chercheur invité à l'Université de Harvard. Il est docteur diplômé de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il travaille sur des questions liées aux politiques monétaires, aux régimes de change et à la communication des banques centrales. Il a des expériences de travail à la Banque Centrale Européenne et à la Banque de France en particulier. Il a été visiting researcher à l'Université d'Amsterdam, a travaillé à l'Université de Bruxelles Saint-Louis et étudié à l'Université de Stockholm.

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